À 82 ans, j’ai opté pour l’Ehpad : un choix que je déplore aujourd’hui. Voici pourquoi.

Publié le 26 décembre 2025

Une décision qui paraît logique peut parfois bouleverser une existence plus qu'on ne l'aurait cru. Pour un senior, intégrer un établissement spécialisé semble offrir une sécurité bienvenue. Pourtant, certains aspects du quotidien peuvent altérer profondément la perception du temps et de la vie. Que se cache-t-il réellement derrière cette étape supposée pratique ?

Quand le bien-être offert mène insidieusement à une forme de dépendance

On se représente fréquemment l’Ehpad comme un havre paisible où les corvées domestiques disparaissent. Les premiers temps, on a l’impression d’être en villégiature. Cependant, à force de ne plus être maître de son emploi du temps, une certaine passivité s’installe : les journées sont cadencées, les loisirs proposés, et la marge de manœuvre pour improviser se réduit comme peau de chagrin. Pour certains, l’absence des gestes familiers — faire son thé, bichonner ses fleurs — laisse place à une étrange sensation de vide. Retrouver ensuite son indépendance d’action relève parfois du parcours du combattant.

Quand les relations, même sincères, s’étiolent avec le temps

Au départ, la famille et les amis se montrent assidus, puis peu à peu, le rythme des visites et des coups de fil s’espace. Il ne s’agit pas d’un désamour, simplement du retour à la normale de leurs vies respectives. Pourtant, pour la personne accueillie, l’attente d’une nouvelle peut devenir une préoccupation. Même au milieu d’un groupe, une forme de mélancolie peut s’immiscer, celle qui naît dans les interstices du programme et rend certains silences un peu trop lourds.

Quand le quotidien manque de relief sans micro-projets personnels

À son domicile, on a toujours une petite tâche en tête : trier des photos, cuisiner un plat, réaménager un espace. Ces occupations anodines structurent la journée et lui donnent du sens. En structure, tout est souvent pensé à l’avance… parfois de manière trop systématique. Certaines personnes ont alors le sentiment de devenir de simples observatrices de leur existence, par manque de prise d’initiative. Se donner un objectif modeste — tenir un journal, rejoindre un club, soigner un jardin partagé — peut redonner une impulsion précieuse.

Quand la forme physique décline par manque d’incitation

On a tendance à croire qu’un environnement très sécurisé préserve la santé. Or, diminuer ses trajets, marcher moins et adopter une routine trop sédentaire peut entraîner une baisse d’énergie progressive. Sans stimulation corporelle régulière, l’agilité diminue et le tonus s’émousse. Maintenir une activité — gymnastique douce, sorties, jeux en groupe — est fondamental pour préserver ses capacités physiques.

Quand le simple fait d’être seul devient une denrée rare

Vivre en collectivité, bénéficier d’une aide pour la toilette ou être régulièrement interpellé par l’équipe peut être rassurant… mais aussi pesant. La sensation de ne jamais pouvoir s’extraire du regard des autres altère le sentiment de disposer d’un espace propre. Nombreux sont ceux qui éprouvent alors une nostalgie toute simple : s’enfermer dans une pièce, profiter d’un instant de calme, écouter sa musique préférée sans contrainte.

Quand le retour en arrière s’avère plus complexe que l’arrivée

On s’imagine parfois qu’il suffira de manifester son souhait de retourner chez soi. Dans les faits, la situation est souvent plus enchevêtrée : logement cédé, dynamique familiale transformée, routines nouvelles bien ancrées. Le cadre sécurisant peut aussi créer une accoutumance discrète, qui rend l’idée de tout recommencer intimidante. D’où la nécessité d’examiner toutes les possibilités avant de franchir le pas.

Comment aborder cette étape avec plus de sérénité

Étudier les solutions alternatives — maintien à domicile avec des aides, habitats intermédiaires, formules sur mesure — permet de dégager un compromis qui respecte les souhaits et le tempérament de chacun. En parler ouvertement avec ses proches, poser toutes ses questions sur le fonctionnement, entretenir son corps et son réseau social, nourrir ses centres d’intérêt : autant de leviers pour construire un quotidien plus épanouissant.
Car, au fond, l’essentiel est de garder le sentiment délicieux et précieux de pouvoir encore orienter le cours de sa propre vie.